Tenter d’élucider un meurtre grâce à « l’audition » d’un chien

En 2005, une riche veuve avait été retrouvée pendue dans sa luxueuse péniche. Une enquête avait alors été ouverte afin de déterminer s’il s’agissait d’un suicide ou d’un assassinat commis par deux « compères », dans le but que l’un d’eux, légataire universel de la victime, bénéficie d’un héritage estimé à 14 millions d’euros.

Classée sans suite par le Parquet de Nanterre, cette enquête avait été rouverte à la suite de la plainte avec constitution de partie civile de la mère et du frère de la victime.

Le juge d’instruction avait rendu une ordonnance de non-lieu estimant que des « détails incertains » ne constituaient pas des « indices à charge ». La partie civile avait relevé appel de cette ordonnance et la chambre de l’instruction avait renvoyé les deux hommes devant la Cour d’assises de Nanterre.

Dans le cadre de l’enquête, il était apparu que le dossier comportait peu d’éléments mais un témoin clé : un dalmatien nommé Théo….. Qu’à cela ne tienne !

Esprits criminels, Mentalist et autres professionnels du petit écran, prenez garde, pour une fois, nous n’étions pas ridicules s’agissant des moyens déployés à l’occasion d’une enquête.

Conformément à l’article 81 du Code de procédure pénale, le juge d’instruction procède à tous les actes d’information qu’il juge utiles à la manifestation de la vérité. Il instruit à charge et à décharge et dans ce cadre, le Pr Mouthon, spécialiste du comportement animal, avait été sollicité aux fins d’ « audition » de Théo.

Lors d’une reconstitution, il s’était rendu sur la péniche accompagné du chien. Arrivé devant l’escalier en colimaçon sous lequel la maîtresse de Théo avait été retrouvée pendue, le chien s’était immobilisé et avait regardé fixement les marches. L’expert en avait conclu que « cette attitude attire l’attention. Tout se passe comme si l’animal avait un souvenir lié à la présence de cet escalier ».

Puis, Théo avait reniflé des vêtements en remuant la queue sauf devant ceux étiquetés, dans le cadre de l’instruction, II.4-1 : l’expert avait alors conclu que l’attitude paraissait être « celle d’un chien inquiet ».

On avait alors soumis à la truffe du dalmatien des personnes ayant porté ces vêtements. Face à l’une d’elle, il adoptait le comportement d’un chien inquiet ou craintif « des signes olfactifs, des signaux physiques, le regard, la position des oreilles, la position du corps » : la personne en question avait bien porté les vêtements étiquetés II.4-1. : Il s’agissait de l’un des deux suspects.

Ce dernier déclarait d’ailleurs « le matin du 8 juillet (2008), on m’a extrait de la prison à 5 h 30. Et j’ai attendu six heures dans un fourgon cellulaire pour être confronté à un chien. Et c’est moi qui étais en laisse… Pas le chien. »

Les jurés ont rendu leur décision le 21 mars 2014 : les deux hommes ont été acquittés mais il a été fait appel de cette décision…..mais Théo étant mort, il ne sera pas cité comme témoin au nouveau procès.

Cette année, l’expérience a été à nouveau tentée avec Tango, un labrador de neuf ans qui était l’animal de compagnie d’un homme de 27 ans assassiné.

Le juge d’instruction en charge de l’instruction à Tours, a mandaté un expert vétérinaire pour « faire parler « Tango ».

Tango et Norman, un autre chien de même race et même âge, ont été placés face au suspect sommé de les menacer avec une batte afin d’analyser et de comparer leurs réactions.

Mais il semble que l’expérience, nom d’un chien, ait échoué…