Plaidoyer pour le lamantin…

Il n’est pas jojo ce mammifère balourd aux allures de limace de mer ou plutôt de phoque obèse !

C’est évident, il n’emporterait pas le concours de beauté des espèces qui prolifèrent dans l’écrin du Grand Cul-de-Sac Marin de la Guadeloupe, mais il y est attendu comme le messie. Et pour cause…

Le lamantin y a disparu depuis plus d’un siècle, et le projet de réintroduction de l’animal est porté avec une certaine jubilation par le Parc National de la Guadeloupe (PNG), l’un des 8 parcs nationaux français et dont le cœur est classé biosphère mondiale depuis 1992.

Apaiser les conflits d’usage :

Le retour du lamantin est consubstantiel d’une nécessité absolue : apaiser les conflits d’usage qui prévalent dans l’espace du Grand Cul de Sac Marin (GCSM).

Le PNG qui bichonne ce site retenu parmi les 100 sites mondiaux prioritaires de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) au titre de sa biodiversité faunistique et dont la baie a déjà été classée zone humide d’importance internationale pour les oiseaux d’eau au titre de la convention RAMSAR (1992)*, porte le dossier de candidature du GCSM pour le classement UNESCO qui demandera 5 à 10 ans. On en est qu’aux balbutiements…

Même s’ils ne sont pas les seuls, les conflits d’usage figurent parmi les obstacles à ce dossier. Car les usagers du Grand Cul-de-Sac marin sont multiples : marins-pêcheurs qui vivent des ressources marines (poissons, coquillages, crabes…), opérateurs touristiques exploitants du site comme lieu de visite (sorties à la journée sur les îlets, balades en canoë-kayak, en VTT des mers, en bateau à fond plat…), pratiquants de sports nautiques (plongée sous-marine, scooters des mers…), riverains (éleveurs, agriculteurs, entreprises…).

Le lamantin, sirène des eaux saines

Tous ces « usagers légitimes » vivent et perçoivent l’espace chacun à sa manière, mais vivent plus ou moins bien d’avoir à adapter leurs activités aux contraintes de protection qui s’imposent sur ce territoire objet de toutes les convoitises.

L’arrivée prochaine des lamantins, qui à terme seront relâchés dans la baie, constitue aussi un nouvel enjeu dont la réussite -qui nécessite un fort consensus des différents acteurs concernés- devrait incontestablement contribuer à l’aboutissement du projet de classement UNESCO.

C’est le Brésil qui permettra le retour du lamantin dans les eaux guadeloupéennes après un bon siècle d’absence.

Il livrera cinq mammifères -2 femelles et 3 mâles- au Parc National de la Guadeloupe. Ils seront élevés et soignés dans une emprise aménagée au sein du Grand Cul-de-Sac Marin et seule leur progéniture sera libérée à terme, pour coloniser le site et proliférer dans l’espace de reproduction qu’est la mangrove.

C’est le seul mammifère marin herbivore. Adulte, il mange chaque jour plus de 50kg de plantes sous-marines, peut mesurer 4m50 pour un poids de 600kg. Il ne passe donc pas inaperçu, ne se distingue pas par son élégance mais serait pourtant à l’origine du mythe de la sirène. Peut-être à cause de son chant qui associe petits cris aigus et brefs, gazouillis et autres sifflements !

Michel Reinette, journaliste.

*Convention RAMSAR :
Il s’agit d’un traité intergouvernemental relatif aux zones humides d’importance internationale et adopté le 2 février 1971 à Ramsar en Iran. Il sert de cadre à l’action nationale et à la coopération internationale pour la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources.

*Le classement UNESCO ; pour figurer sur la Liste du patrimoine mondial, les sites doivent avoir une valeur universelle exceptionnelle et satisfaire à au moins un des dix critères de sélection expliqués dans les Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial qui est, avec le texte de la Convention, le principal outil de travail pour tout ce qui concerne le patrimoine mondial. Les critères sont régulièrement révisés par le Comité pour rester en phase avec l’évolution du concept même de patrimoine mondial.