Le Parc National de la Guadeloupe

Parc National de la Guadeloupe

Savez-vous que l’identité culturelle de la Nation, c’est aussi….. Nos parcs nationaux ?

Savez-vous, à l’heure de la COP 21 (21ème Conférence des Parties sur les changements climatiques), que les acteurs des territoires pour atténuer ces changements climatiques et s’adapter à leurs effets, sont aussi…. Nos parcs nationaux ?

Qu’est-ce qu’un parc national ? Un espace protégé soumis à une règlementation spécifique (articles L331 et suivants, R331 et suivants du code de l’environnement issus de la loi du 14 avril 2006) dans lequel la faune, la flore et le milieu naturel en général sont protégés des activités humaines.

Il existe, en France, 10 parcs nationaux représentant, par leurs périmètres maximum, près de 9,5% du territoire français (60 728 km²) : Vanoise, Port-Cros, Pyrénées, Cévennes, Ecrins, Mercantour, La Réunion, la Guyane, les Calanques et la Guadeloupe.

Le savoir ne devrait être qu’un prélude, les découvrir… un émerveillement…. (et, nécessairement, une prise de conscience).

C’est ce qu’a suscité notre rencontre avec Madame Mylène MUSQUET, Directeur adjoint du Parc National de la Guadeloupe (créé en 1989, le premier en Outre-Mer. Il bénéficie également, depuis 1992, du label international de Réserve mondiale de Biosphère décerné par l’UNESCO puisqu’il fait partie des territoires remarquables pour la qualité de sa biodiversité et l’utilisation durable de ses ressources naturelles).

Le Parc est constitué du « cœur du parc » (espace d’excellence, où la priorité est donnée à la protection des milieux, des espèces animales et végétales, des paysages, et du patrimoine culturel) d’une superficie de 21 850 ha dont 3 230 ha en cœur marin et 18 800 ha en cœur terrestre et d’une aire optimale d’adhésion comprenant les communes ayant adhéré à la charte du parc national (établie en 2009 et définissant le partenariat du Parc avec ces collectivités territoriales) d’une superficie de 94 120 ha.

Qu’y trouve t-on ?

Une flore d’une grande richesse et d’une incroyable beauté : 816 espèces recensées dont 300 espèces d’arbres, 100 espèces d’orchidées et 270 espèces de fougères.

Une faune comprenant des espèces endémiques de l’île ; 33 espèces d’oiseaux, dont le seul pic sédentaire des Petites Antilles, 11 espèces de chauves-souris, 17 espèces de mammifères et bientôt le lamantin, animal disparu de la Guadeloupe, qui fait l’objet d’un projet de réintroduction.

La liste de ces espèces telle qu’elle figure sur le site du Parc National de la Guadeloupe est à ce point évocatrice que nous avons voulu en reprendre les éléments principaux :

– Espèces d’eau douce et de rivière : crustacés (ouassous, crabes), poissons (mulets, colle-roches, guppys, platys, tilapias, anguilles etc)…, amphibiens et reptiles (tortues),
– Espèces marines : récifs coralliens, crustacés (59 espèces de crabes, ouassous, langoustes), mollusques, poissons (herbivores ou carnivores), reptiles (tortues), oiseaux, mammifères (dauphins, baleine à bosse, globicéphales tropicaux, pseudorques, cachalots),
– Espèces terrestres (insectes et araignées, reptiles, oiseaux, mammifères) et,
– Espèces envahissantes.

Territoire d’exception, le Parc National de la Guadeloupe est aussi un établissement public chargé de gérer ce territoire sous la tutelle du Ministère chargé de l’environnement.

Son rôle ? :
o Contribuer à la politique de protection du patrimoine naturel, culturel et paysager ;
o Soutenir et développer toute initiative ayant pour objet la connaissance et le suivi du patrimoine naturel, culturel et paysager;
o Concourir à la politique d’éducation du public à la connaissance et au respect de l’environnement.

A ces fins, il peut :
• participer à des programmes de recherche, de développement, d’assistance technique et de conservation du patrimoine naturel, culturel et paysager, de formation, d’accueil et d’animation ;
• adhérer à des organismes compétents en matière de protection de l’environnement, d’aménagement ou de développement durable, de tourisme, de gestion pastorale, de gestion de site naturel ou d’accueil du public en site naturel, ou coopérer avec eux ;
• mener des activités d’inventaire et de suivi du patrimoine naturel, de surveillance et de police, d’assistance aux collectivités locales et aux usagers de l’espace ;
• réaliser des interventions sur les espèces et les habitats.
Le Parc National de la Guadeloupe enfin, préserve des dégradations et des atteintes susceptibles d’altérer la diversité, la composition, l’aspect et l’évolution du milieu naturel, particulièrement de la faune, la flore, le sous-sol, l’atmosphère et les eaux, les paysages et le patrimoine culturel.

Il dispose, pour ce faire :

– d’un pouvoir règlementaire qui vise notamment les travaux et mesures permettant de restaurer des écosystèmes dégradés ou de prévenir une évolution préjudiciable des milieux naturels, la circulation, les constructions, installations et activités en son sein, la chasse, la pêche, l’extraction des matériaux non concessibles, l’utilisation des eaux et de manière générale, « toute action susceptible de nuire au développement naturel de la faune et de la flore et, plus généralement, d’altérer le caractère du parc national ».

– de certaines compétences en matière de police de l’ordre public pour assurer le respect de la réglementation applicable en cœur de parc national.

Les principaux dangers auxquels sont soumis la faune, la flore et le milieu naturel en général sont la disparition et la perturbation des habitats, la pollution (et notamment en raison des pesticides ; on citera le chloredécone dont les molécules font encore des ravages et qui a suscité, entre autres, une limitation du territoire et des espèces en matière de pêche), les changements climatiques (atteignant notamment les récifs coralliens et les herbiers) mais également nos/les « exigences » économiques.

Un autre danger est moins pointé du doigt que ceux précités : la place de la faune et de la flore dans la culture. Les éléments de la flore sont bien mieux appréciés s’ils peuvent être transposés dans son jardin. Et la faune, quant à elle, a une fonction essentiellement utilitaire. La chasse en est révélatrice ; le gibier a, avant tout, une fonction alimentaire et l’animal qui n’a pas cette fonction devient nuisible, méritant encore, pour certains, destruction.

Et cette observation ne tient pas compte de la fonction spécifique de certains animaux dans la mythologie créole : il existe dans les contes locaux, vieux de plusieurs siècles, Compère Lapin (représentant un créole malicieux, cynique et débrouillard), Compère Zamba (éléphant symbolisant l’esclave travaillant dans les champs de canne), Manman Dlo (Maman l’eau, la sirène pleine d’amour et de tendresse qui aide à lutter contre les pouvoirs maléfiques), Compère Lamantin (sympathique toujours prêt à rendre service), Compère Tigre (un jaguar) pour ne citer que ceux-là.

Mais il existe aussi des animaux bien moins sympathiques puisque liés à des mythes maléfiques qui les mettraient, encore aujourd’hui, en danger (par exemple le « soucounyan », sorcier maléfique ou « antikri », monstre imaginaire qui prennent la forme de chauve-souris).

Préserver l’identité culturelle de l’île est une tâche d’une grande complexité pour le Parc National de la Guadeloupe !

Et il n’est pas dit que le régime juridique auquel est soumis le Parc, en l’état des moyens dont disposent les magistrats, soit suffisant pour garantir sa préservation des dégradations et des atteintes qu’il subit.

Laurence JOSEPH-THEOBALD, Avocat